Il était une fois un petit garçon qui, chaque mois, attendait avec impatience la sortie de son Picsou Magazine. Il aimait bien Donald et sa clique : toujours drôle, avec parfois de subtiles leçons à tirer. Ce n'était pas du Baudelaire, mais c'était toujours rafraîchissant.

Et puis un jour, le petit garçon lût une histoire particulière. Elle était différente des autres à plusieurs égards. D'abord, le style de dessin n'était pas pareil : il y avait beaucoup de détails, et l'arrière-plan de l'histoire faisait à lui-seul une fractale d'histoires parallèles.

Mais surtout, le point qui différenciait cette histoire, c'était les personnages. Vous voyez, l'enfant avait toujours connu Donald comme un personnage rigolo, et Picsou comme un avare. C'était simple, c'était facile. Les petites boîtes.

Mais dans cette histoire, les personnages sortirent du livre. Soudain, ils avaient un passé, des motivations, des sentiments. Les colères de Donald n'étaient plus un simple "comportement par défaut", mais bien une réaction au déroulement de l'histoire. Picsou n'était pas seulement avare, et oscillait entre l'inquiétude, la confiance en soi, la curiosité et parfois une certaine tendresse. La plume de l'auteur leur donnait réellement vie.

Keno Don Rosa.

Tel est le nom de l'un des auteurs qui marqua cette période de mon enfance, et qui aujourd'hui encore éveille des sentiments particuliers. Il publia au fil des années des histoires devenues cultes de nos héros palmés. Il imagina la vie de Balthazar avant qu'il ne devienne Picsou. Il nous fit partager ses espoirs, ses désillusions, sa hargne.

Certains considèrent que Batman est le plus grand héros de l'univers des Comics. D'autres penchent pour Superman. Une partie révère Charles Xavier, et il en est pour rétorquer que les idéaux de Magneto n'étaient pas totalement dénués de sens.

Mon héro, c'est Balthazar. Il n'est pas le plus fort, pas le plus intelligent, pas le plus amical, et certainement pas celui qui a fait le moins d'erreurs dans sa vie. Mais il y a un point sur lequel il est toujours resté fidèle à lui-même : ses valeurs. Et quelles valeurs ! Don Rosa nous a montré ce que Picsou faisait passer avant tout. Pugnacité, curiosité, famille. Honnêteté. Dans les mains de Keno, l'argent n'était plus le but, mais le moyen.

Ce canard, par bien des aspects, est le plus humain des personnages que j'ai rencontré. J'ai relu ses histoires en long et en large il y a quelques années de cela, à la faveur d'un long voyage en train. J'eu le coeur serré en le voyant apprendre la mort de sa mère, puis de son père. L'inquiétude m'étreignit en le voyant devenir plus aigri à chaque nouvelle planche. La déception m'a fait stopper ma lecture lorsqu'il finit par détruire une tribu indigène par avidité, rompant avec ses idéaux. La joie m'a porté lorsqu'il prit conscience de ses erreurs et que, plutôt que de les nier, il en prit compte dans ses aventures suivantes.

Et que dire dans cette page finale de "A Letter From Home" ? Si je devais ne retenir qu'une unique chose de Scrooge McDuck, un unique souvenir, ce serait cette planche.

Picsou est un héro. Il représente le courage, la fierté, et les valeurs qui nous sont chères. Il n'est pas parfait, mais il retombe sur ses palmes, et continue d'avancer et de vivre. Et rien n'est trop dur pour lui.